Ng Mui, la nonne bouddhiste
La nonne bouddhiste Ng Mui experte en Kung Fu était la seule femme dans le Temple de Shaolin et la plus ancienne des cinq aînés (aussi appelés les "Cinq Invincibles"). Son attitude envers le gouvernement Mandchou n'était pas aussi contestataire que celui de ses frères de Kung Fu et leurs étudiants impétueux, bien qu'il lui soit arrivé d'user de violences physiques quand il s'agissait de faire respecter la justice.

Après la destruction du monastère, Ng Mui a erré dans le pays déterminée à ne jamais plus se soucier des affaires de ce monde. Finalement elle s'est installé dans le Temple de la Grue Blanche sur le Mont Tai Leung ( aussi appelé Mont Chai Ha ), une montagne peu habitée située entre les provinces de Szechwan et de Yunnan. Là-bas, elle pouvait méditer au calme sur les arts martiaux et le Zen, une activité bouddhiste amenée par Bodhidharma apparue pendant les dynasties du nord et du sud .

Ng Mui était, tout comme ses frères de Kung Fu dont elle était maintenant séparée, incapable d'oublier le mauvais souvenir de l' incendie du Temple et de la trahison des moines déloyaux. Mais elle avait un autre souci : comment se protéger à l'avenir de ces mêmes traîtres connaissant le Kung Fu de Shaolin et des Mandchous ? Il serait difficile de battre ces traîtres qui maîtrisent la plupart des techniques de Shaolin. Elle leur était toujours supérieure dans la pratique, cependant dans la technique elle ne l'était plus, elle redoutait donc le jour où elle serait trop vieille pour faire face à la force des traîtres les plus jeunes.

Elle n'a trouvé qu'une seule issue, elle devait développer une nouvelle méthode de combat qui pourrait battre les techniques de Shaolin existantes. Mais quel sorte de système pourrait-ce être ? Et comment pourrait-elle inventer un tel système supérieur ?

L'occasion s'est présentée quand elle a assisté à un combat entre un renard et une grande grue blanche. Le renard a dessiné un cercle autour de la grue dans l'espoir qu'il serait capable de diriger une attaque sur son flanc non protégé. La grue est cependant restée au milieu du cercle et se tournait toujours de façon à ce que son buste soit toujours face au renard. Chaque fois que le renard s'approchait de trop près de la grue pour probablement tenter de l'attaquer avec une patte, la grue parait avec une aile et contrait dans le même temps par une attaque avec son bec. Ainsi pendant que la grue parait avec son battement d'aile et contrait avec son bec, le renard rusé comptait sur sa vitesse d'exécution et ses attaques surprises.

Ng Mui a observé cette lutte qui a duré très longtemps avec grand intérêt mais dont l’issue n'était pas importante pour elle puisqu’elle lui avait donné l’inspiration finale pour créer un nouveau système de combat avec des techniques complètement différentes.Le nouveau système a par conséquent obtenu le nom de Kung Fu du Renard ou de la Grue. En fait Ng Mui a repris seulement le concept de ces animaux et a dû travailler dur pour adapter les techniques au corps humain. Selon Ng Mui le Kung Fu de Shaolin avec ses mouvements figés était trop compliqué et impraticable. Le nouveau système qu'elle avait développé différait considérablement par ses mouvements extrêmement simples et abordables.

Les dix formes habituelles du Kung Fu de Shaolin étaient peu différentes les unes des autres et par dessus tous les enchainements des mouvements donnaient seulement lieu à des applications stéréotypées et sans imagination. Le nouveau système de Ng Mui était seulement composé de trois formes à mains nues et une forme au mannequin de bois. Aussi le Kung Fu de Shaolin provient d'un grand nombre de mouvements qui, bien que paraissant impressionnants avec des noms attractifs (comme la danse du dragon et du phoenix, le lion venant des hauteurs, ...) était en réalité inutilisable dans la pratique.

Le nouveau système de Ng Mui, quant à lui, n'était pas approprié aux démonstrations, parce qu'il n'avait pas de mouvement uniquement destinés à l'esthétique et au plaisir. Tous les mouvements que Ng Mui a mis au point étaient directement liés à la pratique du combat. Par conséquent il n'y avait plus de nom de mouvements imaginatifs et décoratifs . Les noms des techniques correspondaient désormais à leur sens ou à leur explication dans la pratique.

Ainsi, par exemple, dans le système de Ng Mui il y avait la technique de la paume de la main ascendante (qui va vers le haut), décrivant précisément et simplement l'exécution correcte de la technique. Une autre différence entre le Kung Fu de Shaolin et le nouveau système de Ng Mui repose sur la trop grande importance accordée à la force physique à Shaolin.

Ainsi, un étudiant de Shaolin devait pratiquer deux à trois ans exclusivement la position de base pour ce style avant qu'on ne lui permette d'apprendre les premiers enchainements. Le système de Ng Mui visait à mettre en échec un adversaire plus fort plutot grâce à la technique qu'à la force. Sans aucun doute il y avait également dans son système un travail de développement de la force spécifique, c'était pour elle essentiellement une question de rendre l'adversaire inoffensif par la ruse en utilisant les capacités et réactions convenables, comme faites sur mesure pour l'action de l'autre.

À cette fin l'utilisateur de ce nouveau style de Kung Fu utilise des techniques de poings souples, une position mobile permettant à la fois des déplacements rapides et de grande envergure, tandis que le pratiquant de Shaolin compte sur la solidité de ses techniques de bras et de ses positions. Ainsi le Wing Chun a réussi grâce à ses pas de poursuites vifs et rapides et ses techniques de combat rapproché à dominer le Kung Fu de Shaolin qui utilise des mouvements amples et des positions profondes.

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